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Rotterdam-Gênes : le corridor modèle de l’Europe

mardi 10 décembre 2013, par Jacques ROMAIN

Territoires de l’axe Rotterdam-Gênes et les neuf ports du Rhin supérieur

Les territoires de l’axe Rotterdam-Gênes et les neuf ports du Rhin supérieur ont démontré, le 20 novembre à Strasbourg, leur capacité à anticiper les nouvelles orientations européennes en matière de transport. Leur conférence s’est tenue le jour même où les 27 Etats membres de l’Union arrêtaient le budget de 23 milliards d’euros affecté à cette politique jusqu’en 2020.

Pour investir moins et mieux, une seule solution : la coopération. Felix Günther, professeur à l’université polytechnique de Zürich, en apporte la démonstration, aux termes de son étude menée pour le compte de Code 24, le groupement de coopération transfrontalière qui réunit 17 entités publiques riveraines du « corridor 1 » de l’Union européenne, autrement dit l’axe Rotterdam Gênes.

« Les données collectées au démarrage du projet Code 24 mettaient en évidence un besoin de 35 milliards d’euros. La rareté des ressources budgétaires et l’absence de coordination laissaient peu de visibilité sur le calendrier. Grâce à l’optimisation des moyens issue de la coopération, la facture peut se ramener à 19 milliards », explique l’expert. Les besoins d’investissement se concentrent sur les goulots d’étranglement des infrastructures, souvent localisés à proximité des frontières.

Goulots d’étranglement

Le déblocage des verrous suppose une transparence des informations que tous les acteurs n’ont pas encore intégrée : « Pour mettre en évidence les goulots d’étranglement ferroviaire entre Bâle et Karlsruhe, j’ai demandé des informations de trafic à la Deutsche Bahn, qui s’y est opposée pour des raisons de confidentialité. Il a fallu que j’envoie mes étudiants compter les trains sur le terrain : ils ont démontré la saturation de l’infrastructure, du mardi au vendredi, pendant un mois de trafic relativement modéré », fulmine Hansjörg Drewello, professeur à l’université des sciences appliquées de Kehl.

Grâce à un budget de 8 millions d’euros dont 50 % apportés par l’Union européenne entre 2010 et 2015 dans le cadre du programme Interreg, Code 24 prévoit de se doter, fin 2014, de la structure de gouvernance qui coordonnera les projets issus de ses études. Les 17 membres s’orientent vers la forme juridique du Groupement européen de coopération transfrontalière. Associée au projet en tant que présidente du port autonome de Strasbourg, Catherine Trautmann situe l’enjeu à l’échelle de l’ensemble du continent : « Si l’Europe n’y prenait garde, le déséquilibre macro-économique entre le sud et le nord pourrait nous diviser durablement. Profitons de ce projet pour montrer qu’il n’y a pas de fatalité à cette distorsion nord sud, et pour ouvrir l’ensemble de l’Europe vers l’Afrique », plaide l’ancienne maire de Strasbourg et député socialiste au Parlement européen.

Gouvernance trinationale pour neuf ports

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Les 9 ports du Rhin supérieur arrêteront en 2014 la liste des investissements éligibles aux appels à projets annoncés par l’Union européenne, pour la période 2014-2020.

Organisatrice de la conférence Corridors et Territoires qui s’est tenue le 20 novembre au Parlement européen, Catherine Trautmann s’y est également exprimée en sa qualité de chef de file d’un autre groupement : au centre de l’axe Rotterdam Gênes, les neuf ports français, allemands et suisses du Rhin supérieur se sont engagés, de 2012 à 2014, dans le projet « Upper Rhin Ports, a connected Corridor », inscrit au programme Réseaux transeuropéen de transport (RTE-T) de l’Union, qui finance la moitié du budget d’1,7 million d’euros. « Les études d’optimisation d’infrastructures et de services portuaires aboutiront en 2014 à une liste de projets », annonce Raphaël de Boisgrollier, assistant à la maîtrise d’ouvrage pour le compte de Mensia Conseil.

Bruxelles applaudit la démarche des deux mains :

« Vous êtes précurseur. Au sein de l’Union européenne, il n’existe aucune autre structure de coordination entre ports intérieurs. Cette démarche est parfaitement synchronisée avec notre stratégie d’investissement », s’enthousiasme Richard Ferrer, chef des projets fluviaux à l’agence exécutive des RTE-T à Bruxelles. Le projet Upper Rhine Ports intéresse d’autant plus l’Union que Strasbourg occupe une place unique,’au centre géographique du Rhin supérieur et au carrefour de quatre des neuf corridors européens : Rhin Alpes (nom officiel de Rotterdam Gênes), Mer du Nord Méditerranée, Atlantique et Rhin Danube.

L’éloge de Richard Ferrer découle d’une politique dont il a dévoilé les méthodes et le calendrier : début 2014, la commission nommera un chef de file pour chacun des neuf corridors. Ces coordonnateurs engageront le travail déjà réalisé sur l’axe Rotterdam Gênes. Jusqu’en 2020, au fur et à mesure de l’aboutissement des études, le déblocage des fonds européens résultera d’appels à projets, dans les limites budgétaires arrêtées le 20 novembre : 10 milliards d’euros dédiés aux nouveaux pays membres, et 13 affectés aux lauréats des appels à projet. Compte tenu de leur avance, Code 24 et Upper Rhine Ports espèrent figurer parmi les premiers servis.

Laurent Miguet (Bureau de Strasbourg du Moniteur) | 21/11/2013

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