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L’eau, enjeu majeur de demain par Gérard MOTTET

samedi 1er décembre 2012, par Jacques ROMAIN

Propos introductif par Gérard Mottet [1] :

Tenir à Bibracte sur l’un des sommets du massif du Morvan les plus arrosés, comme l’avait si bien montré Jean-Pierre Chabin en 1996, une journée sur la ressource en eau, en se référant au dernier forum mondial de l’eau organisé ce printemps à Marseille, c’est bien montrer que le Centre archéologique européen qui accueille cette journée et le conseil scientifique du Parc naturel régional du Morvan s’inscrivent pleinement, avec tous les intervenants de cette journée dans cet « enjeu majeur » qu’est la ressource en eau pour les populations de la Terre. Enjeu majeur, quelle que soit l’échelle de l’analyse effectuée : locale, régionale, nationale, internationale, planétaire.

Car l’eau est l’élément primordial de la Terre par le lien vital qu’elle constitue entre l’atmosphère, l’hydrosphère, la biosphère et la lithosphère puisqu’elle entre aussi dans la composition chimique des roches, des argiles, des schistes, des silicates d’alumine hydratés et des hydrocarbures.

En effet, l’hydrolyse est le phénomène principal qui génère l’altération des cristaux des roches magmatiques et métamorphiques sans lequel le massif du Morvan, bien arrosé à toutes les époques de son histoire géologique et humaine, ne serait pas couvert de sols bruns acides et podzoliques organisés en quatre horizons mais souvent perturbés sur les versants du Mont Beuvray par la solifluxion et la gélifraction. Donc par l’action de l’eau dans le sol et l’alternance gel-dégel des processus périglaciaires quaternaires.

L’eau dans le sol façonne le sol et, selon la nature des roches, s’infiltre ou pas dans le sous-sol : les études d’une discipline essentielle des sciences de la terre, l’hydrogéologie, ont bien montré que le même Morvan, bien qu’abondamment arrosé, ne comportait pas de réserves conséquentes d’eaux souterraines.

Le Morvan ruisselle d’eau… mais ne la garde pas, sauf dans ses creux tourbeux.

La masse d’eau qu’il reçoit chaque année sert beaucoup plus à l’hydrologie et aux besoins du Bassin parisien et du Val de Loire, qu’à ses propres habitants.

Ainsi se trouve posée, à la seule échelle de cette unité naturelle et de ses rapports à deux bassins-versants, la vaste série de problèmes d’inégalités géographiques, sociales voire politiques, qui se posent souvent de manière beaucoup plus grave à l’échelle de la Terre.

Comme le remarquent très bien Jean Matricon et Jean-Paul Deléage dans leur livre « Vive l’eau » (Gallimard, 2000, 143 p.) : « la Chine, avec 21% de la population mondiale, reçoit 7% des précipitations, alors que l’Amazonie, pour seulement 0,3% de la population reçoit 15% de l’eau de la Terre ». L’Amazonie où un projet grandiose de barrage vient d’être contesté.

Ces mêmes auteurs ajoutent : « d’ici une génération, 1,5 milliard de personnes devraient manquer d’eau douce sur terre » (pp. 86-87)

Ce livre ayant été écrit en l’an 2000, et une génération s’étendant sur environ 25 ans, c’est bien le moment de s’interroger à mi-parcours sur cette affirmation.

Oui l’eau est bien, sous tous ses aspects, du Morvan à l’Amazonie, du Nil à l’Euphrate, du Syr Daria à la Mer d’Aral, un enjeu majeur de demain, mais déjà d’aujourd’hui…

Voir en ligne : 7e Entretiens de Bibracte : L’eau, enjeu majeur du Morvan

Notes

[1] géographe émérite bien connu de nos lecteurs
présentation de Gérard

1 Message

  • Mais parfois, on peut trouver un grand intérêt Le 6 décembre 2012 à 16:27 , par andré barre

    C’est un avantage d’avoir une démarche comme la votre auprès du public. Il est perpétuellement soumis à une désinformation, nous devons nous approprier la consultation visant à recueillir l’opinion des usagers de l’eau sur l’avenir de la ressource des grands bassins hydrographiques que compte nos canaux.
    Pour le canal de Berry dans le cadre du SDAGE Loire Bretagne, cette consultation doit s’achever le 30 avril 2013, l’ARECABE va participer avec ses adhérents.
    Je voudrais donner quelques chiffres, le cycle de l’eau se déroule à la fois sur terre et dans l’atmosphère : chauffée par le soleil, l’eau des océans et des mers pour 97,20%, l’eau des rivières des fleuves et des lacs pour 0,019% s’évapore. A ce volume s’ajoute la vapeur d’eau issue de l’évapotranspiration des plantes. Toute cette vapeur d’eau monte dans l’atmosphère et se refroidit ; elle condense alors et forme des gouttes ou des cristaux. Les nuages ainsi formés se déplacent avec le vent et laissent échapper leur contenu sous forme de précipitations (pluie, neige, grêle) ou de brouillard. La plus grande partie tombe directement dans les océans ; le reste atteint les continents où 60% s’évaporent à nouveau, seul 25% s’infiltrent dans la terre et alimentent les nappes souterraines et enfin 15% ruissellent et rejoignent les cours d’eau pour trouver ensuite les océans, et le cycle recommence.
    Perturbation du cycle de l’eau :
    — augmentation du ruissellement par la déforestation, certaines partiques agricoles, l’urbanisation.
    — Diminution de l’évapotranspiration par la déforestation.
    — Épuisement des nappes par prélèvement intempestifs à usage domestique ou agricole.
    — Détournement des cours d’eau : parfois, l’irrigation par des canaux détourne l’eau des cours d’eau ce qui peut avoir comme conséquence l’assèchement comme c’est le cas pour la mer d’Aral.
    Mais parfois, on peut trouver un grand intérêt ; en effet, les canaux ralentissent l’écoulement de l’eau vers les océans et permet alors plus d’évaporation par le soleil, plus d’infiltration par les végétaux ainsi que plus d’évapotranspiration ; pour se faire, il faut veiller à la végétation tout au long des canaux.
    À notre avis les canaux, véritables cathédrales hydrauliques contribuent à la percolation, mettent en relation des bassins versants différents par les biefs de partage et ne perturbent en rien le cycle de l’eau bien au contraire.

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